ESSAIS NUMERIQUE


 
 


LEICA M8
numérique 10 Mpix

prise en mains

(mise à jour 25 novembre 2006)
 

photos de l'appareil :  Leica camera- droits réservés

Le Leica M8 est dans les magasins très peu de temps après sa présentation, alors que beaucoup s'imaginaient que, comme pour le dos DMR dédiés aux reflex R8 ou R9, un "certain temps" s'écoulerait entre la présentation des prototypes et la commercialisation du premier télémétrique numérique de la marque. C'est la première surprise...pouvoir prendre en main un exemplaire commercial si peu de temps après la présentation, et alors que peu de sites ou d'organes de presse ont encore pu essayer à fond l'appareil.

La deuxième surprise c'est le look "luxe, calme et volupté" de l'engin qui décalque presque exactement un M7, à un détail ennuyeux près: il n'y  plus de levier d'armement, on ne sait plus où caler son pouce contre le dos de l'appareil. Tout ceux qui calaient le M sur le gras du pouce avec le bout de ce levier, puis réarmaient de deux coups secs avec le mouvement à rochet...me comprendront ! o) Au bout de quelques heures on est bien forcé de s'y faire et on a tendance à descendre le petit doigt de la main droite sous la semelle pour soutenir l'appareil...au lieu de le tenir avec le pouce qui dès lors est plaqué contre le dos un peu plus bas. Je trouve d'ailleurs, en ayant comparé "en temps réel" avec un M4 et un M6, que le gainage est à grain trop fin, les anciens cuirs avaient un meilleur grip sur les doigts.

De dessus, l'appareil ne comporte que deux commandes et c'est tout...retour à la simplicité monacale: un verrou sous le déclencheur permet de de sélectionner la coupure électrique, le vue par vue, le mode rafale et le retardateur (2 positions seulement, 2 secondes ou 12 secondes). Le sélecteur rotatif commande l'obturateur (de 4 secondes à 1/8000) et permet de se positionner surr la positon la plus pratique, c'est à dire le mode "A" où l'on règle le diaphragme. Une pression légère sur le déclencheur active la mesure, une pression un peu plus affirmée la mémorise, une pression franche prend la photo.
 


 

Les fonctions numériques se commandent toutes par la face arrière, en pratique par les touches "set" et "menu" associées au "trèfle" et à la molette rotative qui l'encadre. J'ai essayé l'appareil sans le mode d'emploi...et peut-être ais-je omis d'essayer quelques fonctions...mais toutes les commandes de bases sont intuitives: pas de programme compliqué, pas d'autofocus à configurer...les données de base (ISO, correction d'expo, balance, compression et résolution) se règlent en quelques secondes.

J'ai trois critiques cependant en ce qui concerne les réglages de base. D'abord, l'échelle de correction ISO (de 160 à 2500) est trop restreinte, on préfererait commencer à 100 ISO comme tous les autres 10 Mpix, et ensuite la touche set est trop sensible et l'écran s'affiche tout seul en l'effleurant, par exemple en tenant l'appareil de la main gauche pour le monter vers l'oeil. Un petit verrou de sécurité en bas à droite sous le trèfle permettrait de ne plus se laisser distraire. Enfin il manque une touche de formatage rapide, si pratique sur les Nikon par exemple. Il faut aller au fin fond du menu pour formater (au moins, on ne le fera pas par erreur!)

A noter un détail à mon sens facheux pour un Leicaiste: en cherchant dans la configuration plus avancée  les modes de couleur, je n'ai pas trouvé le noir et blanc qui est implanté sur certains appareils concurrents. En fait, il existe mais uniquement en JPG par la commande "saturation", le mode noir et blanc désature et n'applique pas d'effet de filtre comme sur les Canon 5D ou Nikon D80, par exemple. Sous réserve de vérification et sauf erreur de ma part, le noir et blanc n'étant pas programmable en DNG + JPG, la manoeuvre est irréversible ! Je conseillerais donc fortement d'éviter la chose et de post traiter !
 

 Coup de génie du marketing ou du désigner ? Le M8 se charge par la semelle, comme tous les Leica depuis trois quart de siècle, avec la même semelle métal amovible de la série M depuis 1954. On a gardé "l'empreinte" de la bobine 24 x 36 mais désormais la semelle protège la batterie et la carte SD. On a quand même l'impression qu'il y avait la place pour deux slots de stockage, ce qui peut servir par exemple pour séparer les RAW des JPG dès la prise de vue. En tout cas, ici, aucune trappe fragile et plastifiée pour l'accès à la mémoire de masse, et comme autrefois on ne sait pas où poser la semelle pendant qu'on change de carte ou de batterie ! Prévoir des poches dans sa tenur de reporter, ou un assistant.
 
 







Le Leica M8 me semble un grand moment de design industriel dans la catégorie "tradition", mais je suis certain que des fans attendent une déclinaison style "MP" encore plus à l'ancienne avec levier d'armement pour actionner les ressorts de l'obturateur électronique (çà existe sur le R9, non ?) et suppression concommitante du mode rafale. L'appareil deviendrait presque aussi silencieux qu'un M2 ou un M7 (les vainqueurs dans ce concours de silence, pour toute la série Leica). Mais un mien correspondant ô combien réputé m'a suggéré une astuce logicielle pour diminuer le bruit "déclenchement-réarmement", facile à implanter dans le firware: il suffirait que Leica mette dans le menu "retardement" un système similaire à la "remontée du miroir" des reflex: un appui déclencheur, prise de vue...on relève le doigt obligatoirement avec un deuxième appui déclencheur pour réarmer. Dans les environnements très difficiles (thêatre, concert classique, etc) on pourrait faire la deuxième opération sous sa veste pour amortir le bruit de réarmement. Aux mesures, il est certain que le M8 fera plus de bruit qu'un M7, surtout si ce dernier est réarmé par petites saccades lentes du levier à rochet. Mais le bruit est assez "mat" pour passer inaperçu dans une ambiance sonore "normale", où généralement les bruits plus aigus des reflex numériques sont perçus. N'empêche, l'idée d'action en deux temps devrait être essayée par Leica, je suis certain que l'essayer c'est l'adopter !
 
 









La visée télémétrique ravit ceux qui ont appris la photo de reportage discrète au Leica M2 ou M3 il y a près de 40 ans (hum, hum, ceci ne nous rajeunit pas) et si ses qualités ont été peaufinées depuis les sixties, ses défauts sont toujours identiques :  on voit le sujet entrer dans le champ et on peut le suivre, la visée est très claire même de nuit (le M8 a un viseur ultra lumineux !) et le télémètre est très précis en grand angle dès que l'on trouve des lignes significatives pour faire se recouvrir les parties de l'image. A contrario il est bien entendu impossible d'estimer la profondeur de champ, le bokeh, et surtout les cadres de visées sont encombrés et l'image est minuscule avec certaines focales. Le risque d'erreur persiste quand on a deux cadres dans le champ (par exemple, 24 et 35 mm) et que l'on oublie dans le feu de l'action que c'est le 35 qui est monté ! En fait j'aime bien "appuyer" le cadrage sur les bords extérieurs du cadre, et dans cette hypothèse le viseur est confortable quanf il est activé avec le 28 ou le 50 mm, moins avec le légendaire 35 qui cadre aujourd'hui de façon plus serrée vue le coefficient 1.33 du capteur Kodak de 10 millions de pixels.
 
 


 

Pour plus de détails pratiques et pour le tour des caractéristiques principales de l'appareil je vous conseille vivement de consulter sur le site "Summilux" la prise en main  rédigée par Pascal Meheut, Pascal que je remercie d'ailleurs très vivement pour le prêt du boîtier qui m'a servi pour les mesures publiées ci-dessous. Correspondant Pictchallenge depuis l'origine et expert très pointu en Leica, Pascal a aussi mené ses propres essais dont les conclusions globales seront enrichies sur le site Summilux.
 
 


 
 
 
 
 
 



 

LEICA M8
Test de piqué de trois objectifs Summicron

28 mm - 35 mm - 50 mm
 

méthode d'essai
avec la mire et le logiciel DXO Analyzer

texte et illustrations JMS













 
 

NOTICE: méthode de mesure
 

La sortie d'un nouveau boîtier Nikon destiné aux amateurs experts voire aux pros ne pouvait que m'inciter à reprendre une campagne d'essais sous DXO Analyzer, après les premiers résultats publiés en 2004. A  l'époque  j'échangeais des idées et analyses avec René Bouillot (voir le chapitre 2 du "Cours de traitement numérique de l'image", éditions Dunod) et "Chasseur d'Images "  avait défrayé la chronique en adoptant ce nouveau système d'analyse du piqué subjectif des couples optiques - boîtiers.

Aujourd'hui DXO Analyzer est utilisé en tout ou partie par toute la presse photographique française, mais les données synthétiques globales publiées apparaissent parfois un peu frustrantes pour les photographes "accros" de la technique. C'est en pensant à de nombreuses questions tant théoriques ("peut-on tout chiffrer par ce système d'analyse?") que pratiques ("une optique bien notée sur 4 millions de pixels est elle bonne sur 10 millions de pixels?")  posées par mes correspondants ou dans les forums que j'ai entrepris cette nouvelle campagne de mesures.

Par rapport aux anciennes fiches de Pictchallenge, ces nouvelles mesures s'appliquent sur 4 zones au lieu de 2 ou 3. La notation a été revue pour s'aligner sur des normes plus courantes (de 0.5...un zero pointé symbolique, en fait....à 5) et  la cartographie des point de mesure, sous forme de symboles en face d'une échelle de valeur en couleur, (de nul à excellent) est complétée d'un tableau avec une charte de couleur qui permet de visualiser immédiatemment les zones (vert intense et vert vif) de haute qualité, en fonction du diaph et de la position dans l'image !

Les zones de mesure sont donc au nombre de quatre:


Le centre de l'image fait l'objet d'une mesure unique. C'est là qu'est effectuée la mise au point de référence pour chaque prise de vue, avec le système autofocus de l'appareil (assistance électronique pour les optiques manuelles). Le moindre décalage du système dégrade fortement la note à pleine ouverture. On verra que certaines optiques notamment des zooms DX "special numérique" parviennent à une note de piqué "excellent" dès leur pleine ouverture, puis le piqué décline à partir de f/8 voire de f/5.6 !  Alors que tous les auteurs recommandent aux photographes de ne pas cadrer "dans la pastille" (c'est à dire au centre) et au contraire de s'appuyer sur les lignes "des tiers" (qui divisent  l'image en neuf zones)  pour construire leur composition (notamment en reportage), il existe peu d'indications dans la presse sur le piqué dans ces zones. La note "tiers" des tableaux et graphiques est pour moi la plus importante pour toutes les vues où le sujet principal est dans ces zones et où le fond (donc les bords et les angles) sont dans le flou. 
La note de piqué "sur les bords" fait une moyenne entre une zone assez favorable (en haut et en bas du centre) et une zone plus délicate  proche des angles à droite et à gauche de l'image. Une mauvaise note de "bords" est généralement causée par la dégradation de cette zone par de mauvaises notes proches de celles des angles extrèmes. Ce défaut est gênant en paysage, et on aura intérêt à choisir une valeur de diaphragme de zone de couleur homogène entre centre, tiers et bords (si possible très bon ou excellent !) pour éviter toute déconvenue (photos architecturales avec détails, par exemple).  La mesure dans les angles est la plus sévère notamment pour les optiques à haute luminosité et pour les zooms grand angle. La concentration de certains défauts dans les angles...points les plus éloignés du centre dans le cercle de couverture de l'optique (vignetage, aberration chromatique) a des effets destructeurs cumulatifs sur l'impression de piqué. En pratique cependant une mauvaise note dans les angles a pleine ouverture a peu d'incidence car ces zones de l'image sont généralement dans le flou d'arrière plan. Par contre une note qui reste faible en fermant le diaphragme (paysage) est un motif pour mal noter l'optique dans son ensemble. 

Quelques précisions supplémentaires peuvent être données pour la compréhension de nos fiches.

    - si les symboles (centre, tiers, etc) sont illisibles car superposés l'un sur l'autre, c'est un très bon signe pour la qualité globale (homogénéité du piqué)...sous réserve qu'ils soient superposés dans une zone...verte ;

    - les notes et zones de couleur souffrent comme toute statistique de l'effet de seuil. Par exemple, une mesure "excellent" de 4,51 n'est pas extraordinaire par rapport à un grade "très bon" de 4,49 ! Mais il faut bien fixer des zones de transition. La lecture des chiffres apporte un élément complémentaire de compréhension des notes globales. A contrario, la limite entre "mauvais" et "nul" est plus artificielle. Ces zones sont peu exploitables en pratique même pour une image de petite dimension ;

    - les notes de base sont pondérées en fonction du nombre de pixels pour un format de sortie donné, ici le format A3+ sans marge. Une même mesure brute donnerait une note un peu meilleure avec un boitier de 12 ou 13 millions de pixles. Par contre un boitier de 6 millions de pixels sera comme par le passé jugé sur la base d'un A3 avec marge. Le format de sortie auquel se réfère la note est toujours indiqué en haut à droite de la fiche.

    - les notes globales  à gauche de la carte ds couleurs ( de 1 à 5) sont données par usage d'application. - reportage, portrait, paysage - en fonction de la répartition des zones de piqué. Ainsi une optique qui ne présente pas de zone homogène du centre aux bords ne pourra obtenir la note maximale en paysage. Par contre, si la netteté est très élevée au centre et sur les lignes de tiers elle pourra "crever le plafond" en catégorie reportage ;

 JMS
 


Procédure particulière utilisée pour le test du Leica M8:

Petite "mauvaise" surprise lors de l'examen des fichiers de mires, pour une raison inconnue il existe une incompatibilité entre les JPG d'origine du M8 et le logiciel DXO analyzer, lequel refuse d'ouvrir les fichiers...peut-être parce qu'il ne lit pas les Exif de focale, diaph, je n'en sais rien ! Aussi ais-je décidé - une fois n'est pas coutume - de partir des fichiers DNG qui ont été transformés en JPG sans aucun réglage particulier avec deux logiciels de post-traitement. D'une part, le classique module Adobe Camera Raw (dernière version 3.6) pour Photoshop Elements. D'autre part, Capture One Pro version 3.7.6. Il est à noter que Leica privilègie cette solution en livrant le même logiciel en version "LE" avec le M8.

Pour cette raison, les trois optiques testées sur mire DXO - les Summicron f/2 de 28, 35 et 50 mm, sont présentés avec deux fiches de piqué et deux mesures d'aberration chromatique.
 


28 mm

Distortion : 0.13 %, un excellent résultat











Le Summicron ASPH 28 mm f/2 est une optique récente (et onéreuse) qui devient presque le "standard du Leicaiste" sur le M8. En effet, en argentique, beaucoup se sont habitués à photographier avec un "35 mm sinon rien" ! Sur le M8, le 28 mm cadre comme un 37 mm, c'est à dire un angle large auquel beaucoup sont habitués. Ce 28 mm est un peu encombrant cependant, son parasoleil déborde dans le viseur,  et est échancré pour que l'on puisse voir...à travers...car le cadre 28 mm donne une grande image somptueuse !
 
 

ACR











Le fichier DNG développé par Adobe Camera Raw donne d'excellents résultats en matière de pique, malgré une petite baisse de régime dans les angles, c'est de trés haut niveau. On est cependant contrarié par un niveau d'aberration chromatique un peu élevée pour la classe superlative de l'objectif. En effet, le niveau maximal de ce défaut atteint 1,7 pixels à f/2.8, soit un risque de trace visible sur un tirage A3.
 
 

Aberration chromatique :
 

f/2
f/5.6
f/16
acr = 1.6
acr = 1.3
acr = 1.2
c1= 0.5
c1 = 0.4
c1 = 0.4

Le traitement par Capture One supprime de façon presque complète toute trace d'aberration chromatique et donne des résultats d'une homogénéité presque parfaite en matière de piqué...dès la pleine ouverture la netteté sera de même niveau entre le centre et les bords. Dès f/2.8  et jusqu'à f/11, les angles de l'image sont au  grade excellent. On ne voit pas comment on n'aurait pas donné la note maximale dans tous les "compartiments du jeu".
 
 

C.1
 
 



 
 

35 mm

Distortion : - 0.08 %, proche de la perfection











Le classique Summicron de 35 mm est devenu asphérique avec le temps, et reste un must pour les argentistes équipés en Leica. Avec le M8, le cadrage équivaut à 46,5 mm...proche de l'angle naturel de la vision humaine. L'optique est compacte et la visée reste aisée. Néanmoins, j'ai du mal à me familiariser avec le cadre télémétrique 24 mm- 35 mm, je trouve l'image 35 mm un peu petite.
 
 

ACR










Incontestablement l'optique reste de très haut niveau en numérique, mais l'habitué du 50 à pleine ouverture peut être légèrement déçu par le resultat en traitement Adobe Camera Raw, les écarts de piqué centre-bords ne sont comblés qu'à partir d'un cran de fermeture, et l'excellence n'est complète qu'à f/5.6. Contrairement au traitement du 28 mm par le même logiciel, l'aberration chromatique n'est cependant pas excessive.
 
 

Aberration chromatique :
 
 

f/2
f/5.6
f/16
acr = 1
acr = 0.9
acr = 1.1
c1= 0.8
c1 =0.8
c1 = 0.7

Les gains ne sont pas spectaculaires, ni en aberration chromatique ni en piqué, quand on traite le DNG sous Capture One. Cependant, les petites causes produisant de grands effets, l'optique gagne sérieusement en piqué dans les angles et en rendement à pleine ouverture avec ce logiciel de post- traitement.
 
 

C.1















 
 

50 mm


 

Distortion : - 0.02 %, la perfection...








Pas de surfaces asphériques très élaborées pour l'éternel Summicron de 50 mm qui devient sur le M8 un objectif à portrait ou cadrage serré, équivalent à 66 mm en argentique, donc conseillé pour le portrait large et la photo en buste, ainsi que pour le reprtage cadré "serré".
 
 

ACR









Le léger manque de piqué dans les bords et les angles déçoit un peu à pleine ouverture, et la perfection n'est atteinte qu'à f/8 avec Adobe Camera Raw. Evidemment les résultats des 28 et 35 mm poussent à la sévérité. En examinant de plus près les chiffres, on note que c'est l'aberration chromatique la coupable de cette légère contre perfomance. Elle est de 1,4 pixel à pleine ouverture, donc elle pourra se voir sur un tirage A3.
 
 

Aberration chromatique :
 

f/2
f/5.6
f/16
acr = 1.4
acr = 0.8
acr = 1.1
c1= 0.4
c1 = 0.2
c1 = 0.1

Comment le traitement Capture One réussit-il (en batch automatique, rappelons le) supprimer aussi radicalement l'aberration chromatique qui atteint de niveaux rarement mesurés toute optique confondue...le piqué des angles et des bords grimpe d'un cran et la pleine ouverture devient homogène. Pour les adeptes de l'hyperfocale notons que l'excellence est garantie entre f/5.6 et f/11.
 
 

C.1











Test de piqué  sur "briques"

 Summicron 28 mm f/2 ASPH
 
 
 

Le fichier DNG -160 ISO - a été transformé en JPG par le logiciel Capture One
 

centre                                 bord supérieur



 
 
 
 

pleine ouverture
pleine ouverture
f/2.8
f/2.8
 f/4
f/4 

Le piqué ne varie pas entre la pleine ouvertture et f/4, on note de très légères traces jaune de moiré sur les fentes des persiennes. Ce défaut sera impercpetible cependant sur un tirage A3. Ci-dessous une vue en biais qui aggrave les conditions du test, car la distance varie plus entre la zone centrale et le bord.
 
 

Le fichier DNG -160 ISO - a été transformé en JPG par le logiciel Capture One
 

Ci-dessous sur un crop à droite en dehors de la zone de mise au point on ne remarque aucune frange pourpre.


 

centre                                 bord droit


f/2
f/2
f/5.6
f/5.6
f/8
f/8
   
   

Même avec un 28 mm, il est conseillé de fermer le diaph pour gagner de la profondeur de champ quand on cadre un paysage en oblique. Ici, la mise au point avait été effectuée sur la zone cropée "centrale". On voit qu'il faudrait fermer entre f/5.6 et f/8 pour obtenir un rendu homogène sur le bord plus éloigné du photographe. Comme on ne peut évidemment pas estimer une profondeur de champ dans un viseur télémétrique, le système "hyperfocal" optique vissée à f/8 restera efficace sur le M8.
 
 




 
 

Bruit numérique et réduction du bruit





La première tentative numérique pro Leica, avec le dos DMR pour les reflex R8 et R9 ayant été assez ciritiquée par la presse pour le rendement en haute sensibilité, tout le monde attend au tournant le télémétrique sur ce critère ! Même si pendant des décennies le Leica n'était pas alimenté plus haut que 400 ISO avec de légendaires Tri-X, depuis l'avènement du numérique certains critiques n'ont plus qu'une seule préocuppation qui est : comment çà se passe à 1600 ISO...sans parler des polémiques ouvertes contre les appareils qui ne grimpent pas à 3200 ISO. Certes, pour certains usages, une telle sensibilité peut être utile même avec des optiques lumineuses, je pense au reprotage de concert classique, par exemple, même si le noir et blanc convient bien.

Cependant, il ne faut pas oublier que pendant que le possesseur de reflex équipé en zoom pro ouvert à f/2.8 utilisera le 1600 ISO, le propriétaire de Summilux de 1.4 pourra se contenter de la position 320 ISO du M8 (dommage de ne pas disposer du grade 400, mais il vaut mieux un peu surexposer en lumière incandescente et faible). Mais si on équipe le M8 d'un Tri-Elmar beaucoup plus sombre ? Il n'était pas vain d'essayer les positions 1250 et 2500 ISO du Leica !

Attention, si la dynamique apparente semble bonne, le M8 est assez conservateur question exposition. D'abord sa cellule ne mesure la mumière que sur une bande horizontale d'environ 1/3 au centre de l'image, et elle peut-être piègée si cette zone est toute sombre ou toute claire. Ensuite le programme d'exposition semble vouloir ménager les hautes lumières, d'où des images assez denses style "diapo". Une sous exposition faisant monter le bruit, nous avons tenté de l'évaluer sur deux scènes délicates à 1250 et 2500 ISO.

La vue d'origine est présentée sous deux versions: le JPG haute qualité issu du boîtier, et une sortie en JPG issu du développement du  fichier DNG sous Capture One. Ensuite deux traitements de réduction du bruit ont été appliqués en mode automatique (pas de profil spécifique à l'appareil déjà disponible): Noise Ninja et Noiseware. C'est Noiseware qui par défaut est le plus efficace sur les clichés à 2500 ISO, au prix malheureusement d'une décoloration de l'image.   En pratique un batch sous Noise Ninja - par exemple, pour n'avoir aucune perte, à partir de TIFF issus du DNG - se fera quasiment "les yeux fermés".
 
 

exemple 1.

Crop JPG original 1250 ISO
 

Crop DNG -> JPG original 1250 ISO
 

Crop Noise Ninja 1250 ISO
 
 


 

Crop Noiseware 1250 ISO



 

Crop JPG original 2500 ISO
 


 

Crop DNG -> JPG original 2500 ISO
 

Crop Noise Ninja 2500 ISO
 

Crop Noiseware 2500 ISO



 


 
 

exemple 2.
 

Crop JPG original 1250 ISO
 
 

Crop DNG -> JPG original 1250 ISO
 
 

Crop Noise Ninja 1250 ISO
 
 

Crop Noiseware 1250 ISO
 
 
 



 
 

Crop JPG original 2500 ISO
 
 

Crop DNG -> JPG original 2500 ISO
 
 

Crop Noise Ninja 2500 ISO
 
 

Crop Noiseware 2500 ISO


Il est à noter, pour les fanatiques du traitement multi-batch...que certains logiciels complètent bien l'action d'autres produits. Ici, après avoir traité sous Noise Ninja les deux exemples dont la tonalité reste bien sombre, j'ai appliqué sur les ficheirs nettoyés le traitement D-ligthing de Nikon capture NX. On voit qu'il ne faut pas se fier qu'aux JPG natifs du M8 pour se faire une idée de ses capacités !
 
 


 


 
 


 







Au terme de ce rapide tour d'horizon de la haute sensibilité du M8, j'aurais tendance à me limiter à 1250 ISO et à user du post traitement à partir des DNG. La netteté, on l'a vu plus haut, étant quasi identique à f/2 qu'à f/5.6, on n'est pas soumis aux contraitnes qui existent quand un utilise un zoom transtandard ouvert à f/4, voire à f/3.5 - f/5.6.

A 2500 iso, l'image n'est pas altérée gravement par des effets "arc en ciel" de grain numérique, mais peut-être serait-il sage de prioriser l'aspect "noir et blanc". Il y a quelques mois, vous ne juriez que par le T-Max 3200 avec votre Leica pour la création d'art, non ?
 



 
 

En noir et blanc...








Le Leica comporte un mode noir et blanc, mais je le déconseille, car il ne s'applique qu'au JPG. Il est donc irréversible, contrairement à celui d'un Nikon D200 de même résolution, par exemple: le mode NB peut s'appliquer au format RAW, et le choix d'un mode couleur dans le logiciel permet de revenir en arrière si on s'est trompé !

J'ai par contre converti en noir et blanc des clichés JPG...couleur...pris au M8 à la sensibiltié de 1250 Iso. Le résultat est excellent, même s'il est certain que le piqué serait encore meilleur à partir des DNG mais que le grain sera plus présent. Il s'agit ici de montrer la tonalité générale et le très faible niveau de bruit sur un traitement JPG ultra rapide, du fait du bon équilibre entre lissage et accentuation à la prise de vue ! Pour simuler facilement du Tri-X, utilisez le DNG et n'appliquez pas de réduction du bruit.  Par défaut Adobe Camera Raw sera meilleur que Capture One pour cet usage ! Mais on peut aussi s'amuser à utiliser plusieurs logiciels !



 
 

JPG de base converti






Toutes les images sont converties depuis des JPG 1250 ISO.



Ci dessous crop à 100%



 
 



JPG ou DNG ?

Ci-dessus, une conversion "complexe : DNG développé dans Capture One, et traité en noir et blanc avec accentuation et ajout de grain par Nikon capture NX. Ci-dessous, JPG d'origine, converti par Nikon capture NX sans ajout de grain. Au "foramt web" d'affichage d'une image très compressée, il est délicat d'apercevoir les différences les plus importantes au delà du contraste plus "pêchu" sur le DNG.
 
 

Ci dessous crop à 100% à partir du fichier JPG
 



 


 

Ci-dessus, le fichier JPG d'origine, converti en noir et blanc, après application du filtre "plus net" de Photoshop Elements. Ci-dessous, le fichier DNG développé par Adobe Camera Raw en valeurs par défaut, le piqué est supérieur et le grain très agréable et d'aspoect argentique pour un tirage A3 en noir et blanc ! Si on utilise Capture One je conseillerais de limiter la réduction du bruit pour de tels clichés en noir et blanc.
 
 


 






Ci-dessus développement du DNG par Capture One en valeur par défaut, transformé en noir et blanc par Nikon capture NX.
Ci-dessous le même fichier après accentuation modérée (32, 5, 1) et application d'un filtre de grain moyen monochrome. On arrive à simuler assez bien un rendu argentique proche du 400 ISO...n'oublions pas que nous sommes ici à 1.250 ISO !
 
 









 
 

Défauts de jeunesse








Au cours de notre essai nous avons mis en lumière deux défauts assez ennuyeux pour la prise de vue en éclairage délicat. Ces défauts sont reconnus par Leica qui a publié le 24 novembre 2006 un communiqué expliquant comment ils seraient réglés.
 

lire le communiqué LEICA Camera
 
 

D'abord nous avons, comme d'autres testeurs, remarqué du banding (bandes horizontales plus claires au droit de sources de lumière en surexposition) sous certaines conditions d'éclairage, comme par exemple ici à 2500 ISO. En fait le défaut pourrait se manifester à partir de 640 ISO, mais je ne l'ai pas noté de façon gênante sur mes essais. Leica organise un rappel des M8 présentant ce défaut pour une mise à niveau gratuite à l'usine.
 
 

On voit une barre horizontale surexposées au droit de la lampe









Ensuite, de façon plus imprévisible et parfois très gênante apparaît l'hypersensibilité aux infra-rouges du capteur du M8. Il semble que cela est causé par un filtrage très "mince" afin de ne pas altérer les qualités optiques d'un système qui, notons le, ne comporte pas non plus de filtre passe-bas anti-aliasing. Ce défaut se caractèrise par une bascule rose/magenta des zones de l'image les plus réflectrices en infra rouge quand des sources importantes de cette lumière ...invisible à l'oeil humain..existe dans la scène.

Ici ce café  parisien typique a eu ses terrasses réchauffées par des brûleurs à gaz...ceci cause une certaine dérive à la zone chaude !
 
 







Pourtant le défaut - très ennuyeux car quasiment impossible à corriger logiciellement - ne se manifeste pas en toutes irconstances...ci-dessous la vitrine pourtant chauffée à l'extérieur a assez isole son contenu pour que la prise de vue ne soit pas altérée.
 
 

Leica indique que la meilleure solution est d'équiper à demeure les optiques montées sur le M8 d'un filtre interférentiel de coupure anti IR assez raide pour ne laisser passer en direction du capteur que le spectre lumineux exploitable. Chaque client du M8 se verra donc offrir par Leica deux filtres gratuits pour équiper deux optiques, des filtres supplémentaires étant vendus sur commande. Leica conseille par ailleurs de faire adapter (codage informatique) chaque optique grand angle utilisée sur le M8 afin que le logiciel interne de l'appareil puisse la reconnaître et apporter des corrections appropriées (notamment vignetage).
 


En conclusion provisoire ...

Le Leica M8 est un magnifique boîtier à l'ergonomie très "photo" que l'on peut utiliser en oubliant qu'il est numérique. Par contre il vaut mieux ne pas oublier qu'il est télémétrique et que sa cellule est à prépondérance assez centrale et nullement multizone. En basse sensibilité son piqué est impérial et sa finesse extrème quand on shoote en DNG et que l'on éveloppe avec Capture One. Le bruit numérique n'est pas gênant jusqu'à 1250 iso et se corrige très facilement avec les bons logiciels du commerce. La seule contrainte un peu ennuyeuse est la nécessité de se garantir contre toute dérive colorimétrique en présence d'illuminants présentant une forte teneur en infra rouge, par le port permanent d'un filtre de coupure sur chaque optique.
 
 

JMS 25/11/2006

 
 

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toujours disponible le livre de JMS 
et des correspondants PICTCHALLENGE

"Tout photographier en numérique", ouvrage rédigé par Jean-Marie Sepulchre (JMS), créateur des sites "Pictchallenge", présente en une trentaine de chapitres sur près de 300 pages  et 800 photos tous les sujets courants explorés avec des appareils photographiques numériques...du compact au D2x ! De nombreux invités ou correspondants de Pictchallenge ont participé au projet en mettant en images leur sujet de prédilection. Des chapitres techniques présentent les bases du réglage et du post-traitement.Disponible dans toutes les librairies et sur les sites de vente en ligne (Fnac, Amazon, Alapage, Chapitre...)...ainsi que directement auprès de l'éditeur. Prix conseillé : 29 euros. 

cliquez sur l'image ! 

Chez le même éditeur, vous apprécierez aussi, à destination des débutants, "Apprendre à photographier en numérique" (12 euros) et "Photographier avec son téléphone" (9,90 euros).