NUMERIQUE
 

OLYMPUS E3
première prise en mains
 

(c) Olympus




Promis, vous trouverez un essai de l’E3 et de nouvelles optiques Olympus par PICTCHALLENGE dès que circuleront des exemplaires dotés du firmware définitif. Pour patienter, quelques commentaires techniques sur le nouveau vaisseau amiral d’un format que l’on craignait perdu pour les experts, le 4.3 initié il y a quatre ans par Olympus.

Le constat d’origine de la marque était que le numérique allait permettre un haut niveau de qualité avec une cible plus petite que celle du 24 x  36 argentique, et dès les premières présentations du concept  en 2001 – alors en alliance bilatèrale avec Kodak – il était indiqué qu’un CCD 4/3 allait permettre de développer une nouvelle ligne de reflex à objectifs interchangeables.

Olympus qui avait abandonné à la fin des années 80 les reflex autofocus pour se concentrer sur les compacts et les bridge – la ligne professionnelle OM restant produite quelques années en petite série – revenait ainsi sur le devant de la scène en proposant un nouveau standard ouvert (format de capteur, taille et type de baïonnette) plutôt que de développer des reflex numériques à partir d’existant argentique. En 2001 était présenté le capteur (Kodak) et en 2002 le standard des optiques, toutes recalculées pour le numérique. Olympus développait alors le principe d’optiques télécentriques, en opposition aux optiques argentiques dont les rayons obliques produisaient des effets fâcheux en grand angle. De ce fait, étaient annoncés des appareils et des objectifs plus légers, bénéficiant du fait d’un cercle de couverture beaucoup plus réduit d’un pouvoir séparateur plus élevé. Le prototype du reflex Olympus de nouvelle génération était présenté à la PhotoKina 2002 puis le système et les premières optiques étaient dévoilées à la PMA 2003.

Le positionnement choisi par la marque était franchement « boîtier professionnel » mais en deux ans la situation avait bien changé. En 2001 présenter un concept de 5 millions de pixels était intéressant, quand les reflex Canon et Nikon prouvaient que l’on pouvait avoir un usage presse et magazine avec 3 Mpix seulement…en 2003 le Canon 24 x 36 Eos 1ds de 11 millions de pixels commençait une brillante carrière et les modèles experts étaient des 6 millions de pixels. Dès sa naissance, l’E1 était jugé un peu sous dimensionné et peu adapté au recadrage en format homothétique 24 x 36 (a contrario,  recadrer 4/3 un D100 revenait environ à le redescendre à 5 Mpix)…format 24 x 36 jugé à tort ou à raison (selon moi, à tort, cela dépend du sujet…) comme la base de comparaison absolue question cadrage !

Présentant son appareil comme sans compromis, Olympus commettait sans doute deux erreurs:
- d’une part, techniquement, la précision de l’autofocus nécessaire avec un capteur présentant des photosites de 6.8 x 6.8 microns était peut être sous estimée et surtout l’appareil souffrait en faible lumière et bas contraste pour faire la mise au point ;
- d’autre part, commercialement, le fait de proposer de belles optiques à ouverture glissante (2.8-3.5) était très honnête mais en dehors des clous… « un zoom pro…c’est f/2.8 constant » !

J’écrivais en septembre 2003 que le zoom standart 14-54 correspondrait à peu de choses près à l'habituel 28-105 bien connu des habitués du reflex 24-36, mais avec une luminosité de 2.8-3.5...au lieu des 3.5-4.5 ou 4-5.6 usuels sur cette gamme. De même, le zoom 50-200 offrait un cadrage très enviable...équivalent à 100-400, mais avec une ouverture de 2.8-3.5, alors qu'un 100-400 Canon, par exemple, est un 4.5-5.6.

Il n’empêche que fut reproché au système un décalage par rapport au marché pro : craintes vis à vis du petit capteur à recadrage x2, cadence de 3 images seconde trop faible pour le sport, image très bruitée en haute sensibilité, et surtout autofocus peu efficace comparé à la concurrence. L’E1 a pourtant séduit une clientèle d’expert qui ont ensuite résisté …quatre ans…aux sirènes de la concurrence, défendant souvent dans les forums leur amour du 4/3 avec des arguments dont la rationalité n’était pas toujours la qualité première. L’affaire fut quand même délicate, parce qu’Olympus a continué à produire des optiques excellentes (11-22 mm 2.8-3.5) voire exceptionnelles (comme le zoom 7-14 f/4, 150 f/2 ou 90-250 f/2.8)…alors que l’E1 se faisant dépasser en qualité d’image, résolution et autofocus par les boîtiers amateur comme l’E 300 de 8 millions de pixels fin 2004.

Pourquoi n’a-t-on pas vu, à l’image du Nikon D1…x ou du Canon EOS 1D…Mark II, une déclinaison plus musclée de l’E1 en 2005, avec un capteur 8 Mpix similaire à celui de l’E500 ? Les historiens de la marque le diront…mais l’automne 2005 était aussi celui où le Nikon D200 fixait une nouvelle « norme » pour le « pro léger », soit 11 capteurs AF, 10 Mpix, 5 images seconde, et un grand viseur comparé aux premières générations de reflex numériques.

En 2006 Olympus se concentrait sur la gamme amateur (y compris avec une nouvelle génération de zooms légers et peu lumineux) avec des boîtiers novateurs (premier reflex Live View, c'est-à-dire permettant la visée sur écran arrière comme un compact ou un bridge) et malgré les multiples rumeurs sur internet il a fallu attendre la PMA 2007 pour que le successeur de l’E1 soit dévoilé…sous forme de maquette. Certains fans allumèrent des cierges, d’autres furent désespérés, et à lire les forums on craint que l’état mental de certains n’ait subi des préjudices. Mais bref, il est annoncé le 17 octobre 2007...

Et puis voilà que moins d’une semaine après il est entre nos mains, presque fonctionnel : toutes les fonctions sont opérationnelles, mais la partie logicielle n’est pas encore finalisée et les images prises avec ne sont pas publiables.

Considérons donc ces lignes comme une introduction à un test (avec mesures DxO et…Briqxu) à paraître…cet automne.
 

Toute la technologie Olympus…
 

Considérons tout de suite l’E3 face à la concurrence dans son créneau « expert/pro léger », et spécialement face au Canon Eos 40D ou Nikon D200/D300. Ce n’est pas mésestimer Pentax ou Sony que d’observer que leur positionnement est un peu plus grand public, soit du fait du boîtier soit de la gamme optique encore inaboutie…

Le boîtier

L’Olympus E3, avec ses 10 Mpix, se compare au Nikon D200 ou au Canon Eos 40D, et sera toujours jugé un peu court par ceux qui estiment que 12 Mpix est maintenant le minimum. Il faut sur ce point raison garder, même si la tendance est évidente. Un 8 Mpix est supérieur en résolution réelle à un argentique 24 x 36, on peut faire beaucoup de choses avec un 10 Mpix…y compris des agrandissements A2 sans souci.  Reste que le petit capteur implique des photosites plus exigus, donc susceptibles d’offrir moins de dynamique et plus de bruit…impossible de se prononcer sur ce point avant de pouvoir tester un modèle quasi-définitif. Le capteur étant de même technologie mais de série différente de celui de l’E510, les essais publiés sur ce modèle ne peuvent nous éclairer complètement, d’autant que les traitements logiciels font des progrès permanents.
 
 

(c) Olympus
 

Par contre l’Olympus offre en un seul boîtier une série de fonctions qu’aucun concurrent n’a rassemblé dans un seul produit :
- anti poussière capteur
- stabilisation des vibrations par déplacement du capteur (Olympus annonce un rattrapage de 5 Il !)
- live view avec écran articulé.
 
 

(c) Olympus
 

Je ne suis nullement un fan de la visée de compact ou de téléphone avec un reflex…mais pendant qu’on y est…autant permettre de cadrer dans des positions assez acrobatiques, ou dans une foule en cas de reportage houleux : l’écran articulé, qui n’est pas en soi un scoop car il figurait au début du siècle sur tous les compacts et bridge haut de gamme, est une première pour un reflex expert. Accessoirement, il mettra l’écran à l’abri, replié contre la coque, chaque fois que l’on shoote en série sans avoir besoin de vérifier l’image après la prise de vue. En contre-partie, encombrement mécanique oblige, il est plus petit et moins défini que ceux des concurrents les plus récents (2,5 pouces contre 3 pouces). Mais en pratique on se contorsionnera moins avec un tel écran, et l'appel de l'autofocus (le miroir doit opérer un mouvement) est assez rapide pour ne pas perdre de vue la scène surtour en angle large. De toute façon, je vois mal du live view bras tendu avec une longue focale...
 
 

La coque est composée de trois modules en magnesium (c) JMS




La construction de l’E3 se fonde sur une coque magnesium dans laquelle prennent place des sous ensemble : cage miroir en matière synthétique, bloc capteur mobile métallique, composants électroniques. L’ensemble est protégé par des joints et la marque n’hésite pas à doucher l’ensemble pour montrer qu’il résiste à la pluie.
 
 

Splash...! (c) JMS




Le viseur est réellement grand et lumineux. Son grossissement apparent (avec une focale équivalente) est proche de ceux d’un Nikon D200 ou Sony Alpha 700, avec une luminosité peut-être un peu supérieure et une belle finesse. En soi, l’exploit est de taille, car plus le facteur de grossissement est élevé, plus on risque de perdre de la luminosité. Il offre une couverture de 100% du champ, comme le Nikon D300, mais les autres appareils de la catégorie ne couvrent souvent que moins de 95% de la surface visée (voire 90%). J'ai vraiment été étonné des progrès accomplis sur ce plan, d'autant que les modèles grand public à porroprisme ou pentamiroirs avaient établi une équivalence entre petit capteur et petite image de visée. Là un très grand pas en avant a été accompli...
 
 

Notez la taille du prisme par rapport à celle de l'obturateur Copal (c) JMS




L'autofocus est aussi très impressionnant. Il est composé de 11 collimateurs en double croix (une exclusivité) et cause une réelle surprise quand on a connu le module 3 collimateurs précédent. Olympus l'annonce comme le plus rapide au monde avec le zoom 12-60 à motorisation supersonique, et j'avoue que je suis dubitatif sur ce type de performance, mais à l'usage il semble en effet d'une réactivité instantanée avec un accrochage franc même sur des sujets peu contrastés et peu éclairés. Il restera à tester la précision et le suivi en rafale, mais en mode priorité netteté vue par vue je n'ai pas réussi à le mettre en défaut, à peine le déclencheur effleuré que le collimateur indique dans le viseur que la mise au point est faite. Surprenant.

Les réglages peuvent s’opérer de plusieurs façons (menus, touches et molettes, ou récapitulatif sur l’écran arrière) mais j’avoue préférer les boutons à réglage unique à des navigations écran…à voir à l’usage.  Le déclencheur est réactif – et l’autofocus très rapide - , quant au bruit il est modéré mais plus intense que celui de l’E1 qui faisait figure de « Leica du reflex numérique » par sa discrétion.
 
 

(c) Olympus


 
 

L’E1 est doté d’un flash compact qui – première chez Olympus- permet de commander sans fil plusieurs flashes distants. Les anciens flash de l’E1 ne seront hélas pas compatibles. Une poignée supplémentaire permet d’accueillir deux batteries ou un support pour piles AA, mais ne répète pas beaucoup de commandes à l’inverse de celle de l’A700.
 
 

L'E3 avec la poignée (deux batteries ou piles AA) et le superlatif zoom 14-35 mm f/2 constant (c) JMS




Les optiques

Olympus rappelle enfin que la gamme optique du format 4/3 comporte maintenant 35 optiques toutes conçues pour le numérique, mais quelques légendes ouvertes à f/1.4 la compléteraient bien, à mon avis. Il n’empêche que certains « kits » doivent être très efficaces pour bien couvrir beaucoup de sujets, comme la combinaison entre le 12-60 2.8-4 et le nouveau 50-200 2.8-3.5, tous deux motorisés ultra soniques, ou une version vraiment plus pro comme le 14-35 f/2, 35-100 f/2 et 90-250 f/2.8. Un 7-14 f/2.8 de même classe optique que l’actuel f/4 serait vraiment « pro » dans cette hypothèse.
 
 

Option plus légère avec le zoom 12-60 mm f2.8-f/4 (équivalent 24-120 mm en 24 x 36 (c) JMS





Au total cette première prise en main laisse une excellente impression, même si on se dit que présenté…en fin d’année dernière…l’appareil aurait défrayé la chronique alors que fin 2007 il donne le sentiment que ce grand nom de la photo recolle enfin au peloton. Olympus espère peser 10% du marché du reflex numérique à court terme, et la présence d’un vaisseau amiral peut avoir le même effet sur le consommateur que dans d’autres marques…on économise peut-être pour l’acheter plus tard…mais on entre dans le système en commençant par un modèle plus grand public qui sera recyclé plus tard dans la famille ou en deuxième boîtier.

Prix public annoncé : boîtier nu 1.699 € ; avec poignée : 1.899 € ; kit 12-60 : 2.599 € ; kit 12-60 et poignée : 2.799 € .
 
 

Ci dessus le nouveau moteur super-sonique. Ci-dessous la nouvelle version du zoom 50-200 mm f/2.8-f/3.5,
équivalent à un 100-400 mm en 24 x 36 (c) Olympus
 
 
 



 
 
 
 


Olympus a communiqué quelques informations intéressantes sur son usine de Tatsuno, située en altitude, et qui regroupe la fabrication des optiques Zuiko de gamme professionnelle ou...exceptionnelle. Il est intéressant de savoir que beaucoup d'opérations se déroulent toujours à la main, et que les robots ne font pas tout dans la conception d'optiques de très haut de gamme...


 
 


(c) Olympus

 
 
 
 
 
 
JMS 23-10-2007

 
 
 

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