ESSAIS NUMERIQUE
TOKINA
12-24 mm f 4
monture
Nikon
testé
sur D200
méthode
d'essai
avec
la mire et le logiciel DXO Analyzer
mise à jour 15
octobre 2006
texte et illustrations JMS
Le
Tokina AT-X pro Dx 12-24 mm f/4 constant correspond à un classique
18-36 mm sur format 24 x 36. Ce type d'optique a été inauguré
par Nikon il y a trois ans déjà, mais le modèle Tokina
- très proche du modèle Pentax, en fait - a pour intérêt
principal qu'il est plus que deux fois moins cher que le Nikon que j'utilise
depuis 2003 ! Construit de façon très sérieuse, en
métal, et très bien fini, le Tokina ne bénéficie
cependant pas de la mise au point silencieuse et très rapide du
système ultrasonique (AFS) de son concurrent. Il est à mise
au point mécanique, comme toute optique "AFD", mais la course la
mise au point est tellement courte sur un ultra grand angulaire qu'en pratique
l'autofocus est rapide et précis (essayé sur Nikon D200 et
Fuji S3) .
Ci-dessus cadrage
à 12 mm, ci dessous à 24 mm

NOTICE: méthode
de mesure
La sortie d'un nouveau boîtier Nikon destiné aux amateurs experts voire aux pros ne pouvait que m'inciter à reprendre une campagne d'essais sous DXO Analyzer, après les premiers résultats publiés en 2004. A l'époque j'échangeais des idées et analyses avec René Bouillot (voir le chapitre 2 du "Cours de traitement numérique de l'image", éditions Dunod) et "Chasseur d'Images " avait défrayé la chronique en adoptant ce nouveau système d'analyse du piqué subjectif des couples optiques - boîtiers.
Aujourd'hui DXO Analyzer est utilisé en tout ou partie par toute la presse photographique française, mais les données synthétiques globales publiées apparaissent parfois un peu frustrantes pour les photographes "accros" de la technique. C'est en pensant à de nombreuses questions tant théoriques ("peut-on tout chiffrer par ce système d'analyse?") que pratiques ("une optique bien notée sur 4 millions de pixels est elle bonne sur 10 millions de pixels?") posées par mes correspondants ou dans les forums que j'ai entrepris cette nouvelle campagne de mesures.
Par rapport aux anciennes fiches de Pictchallenge, ces nouvelles mesures s'appliquent sur 4 zones au lieu de 2 ou 3. La notation a été revue pour s'aligner sur des normes plus courantes (de 0.5...un zero pointé symbolique, en fait....à 5) et la cartographie des point de mesure, sous forme de symboles en face d'une échelle de valeur en couleur, (de nul à excellent) est complétée d'un tableau avec une charte de couleur qui permet de visualiser immédiatemment les zones (vert intense et vert vif) de haute qualité, en fonction du diaph et de la position dans l'image !
Les zones de mesure sont donc au nombre de quatre:
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| Le centre de l'image fait l'objet d'une mesure unique. C'est là qu'est effectuée la mise au point de référence pour chaque prise de vue, avec le système autofocus de l'appareil (assistance électronique pour les optiques manuelles). Le moindre décalage du système dégrade fortement la note à pleine ouverture. On verra que certaines optiques notamment des zooms DX "special numérique" parviennent à une note de piqué "excellent" dès leur pleine ouverture, puis le piqué décline à partir de f/8 voire de f/5.6 ! | Alors que tous les auteurs recommandent aux photographes de ne pas cadrer "dans la pastille" (c'est à dire au centre) et au contraire de s'appuyer sur les lignes "des tiers" (qui divisent l'image en neuf zones) pour construire leur composition (notamment en reportage), il existe peu d'indications dans la presse sur le piqué dans ces zones. La note "tiers" des tableaux et graphiques est pour moi la plus importante pour toutes les vues où le sujet principal est dans ces zones et où le fond (donc les bords et les angles) sont dans le flou. |
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| La note de piqué "sur les bords" fait une moyenne entre une zone assez favorable (en haut et en bas du centre) et une zone plus délicate proche des angles à droite et à gauche de l'image. Une mauvaise note de "bords" est généralement causée par la dégradation de cette zone par de mauvaises notes proches de celles des angles extrèmes. Ce défaut est gênant en paysage, et on aura intérêt à choisir une valeur de diaphragme de zone de couleur homogène entre centre, tiers et bords (si possible très bon ou excellent !) pour éviter toute déconvenue (photos architecturales avec détails, par exemple). | La mesure dans les angles est la plus sévère notamment pour les optiques à haute luminosité et pour les zooms grand angle. La concentration de certains défauts dans les angles...points les plus éloignés du centre dans le cercle de couverture de l'optique (vignetage, aberration chromatique) a des effets destructeurs cumulatifs sur l'impression de piqué. En pratique cependant une mauvaise note dans les angles a pleine ouverture a peu d'incidence car ces zones de l'image sont généralement dans le flou d'arrière plan. Par contre une note qui reste faible en fermant le diaphragme (paysage) est un motif pour mal noter l'optique dans son ensemble. |
Quelques
précisions supplémentaires peuvent être données
pour la compréhension de nos fiches.
- les mesures sont faites à partir de fichiers JPG Fine à 100 ISO pour le Nikon D200, netteté et contraste normal. Nous publierons ultérieurement à titre de comparaison d'une part des mesures à partir de RAW, d'autre part des mesures avant et après optimisation par DXO Optics Pro ;
- si les symboles (centre, tiers, etc) sont illisibles car superposés l'un sur l'autre, c'est un très bon signe pour la qualité globale (homogénéité du piqué)...sous réserve qu'ils soient superposés dans une zone...verte ;
- les notes et zones de couleur souffrent comme toute statistique de l'effet de seuil. Par exemple, une mesure "excellent" de 4,51 n'est pas extraordinaire par rapport à un grade "très bon" de 4,49 ! Mais il faut bien fixer des zones de transition. La lecture des chiffres apporte un élément complémentaire de compréhension des notes globales. A contrario, la limite entre "mauvais" et "nul" est plus artificielle. Ces zones sont peu exploitables en pratique même pour une image de petite dimension ;
- les notes de base sont pondérées en fonction du nombre de pixels pour un format de sortie donné, ici le format A3+ sans marge. Une même mesure brute donnerait une note un peu meilleure avec un boitier de 12 ou 13 millions de pixles. Par contre un boitier de 6 millions de pixels sera comme par le passé jugé sur la base d'un A3 avec marge. Le format de sortie auquel se réfère la note est toujours indiqué en haut à droite de la fiche.
- les notes globales à gauche de la carte ds couleurs ( de 1 à 5) sont données par usage d'application. - reportage, portrait, paysage - en fonction de la répartition des zones de piqué. Ainsi une optique qui ne présente pas de zone homogène du centre aux bords ne pourra obtenir la note maximale en paysage. Par contre, si la netteté est très élevée au centre et sur les lignes de tiers elle pourra "crever le plafond" en catégorie reportage ;
- les "plus" globaux (les "+" de Pictchallenge) tiennent compte de la catégorie
de l'optique. Par exemple, une optique ouverte à f/1.8 pourrait
obtenir une note de "5+" au vu de notes de piqué exceptionnel de
f/4 à f/11, si...sa pleine ouvertue était à f/4 !
Mais l'acquéreur qui paye une optique haute lumlnosité a
besoin d'un piqué correct à pleine ouverture au centre et
tiers...nous en tenons compte pour l'attribution ou non des 4 '+' pour
cette catégorie, jai noté "+++" certains objectifs de 50
mm qui sont pourtant excellents entre f/2.8 et f/8, mais qui restent trop
mous pour les 10 millions de pixels du D200 autour de f/2 !
12 mm
C'est à
12 mm que les performances sont fondamentales, car qui achète ce
type de zoom le choisit pour ses cadrages très larges (18 mm en
24 x 36). Question piqué, le Tokina ne déçoit pas
à cette focale et présente un piqué excellent dès
la pleine ouverture sur la zone centrale de l'image. Mais le niveau reste
aussi excellent sur les bords et très bon dans les angles. Les meilleures
performances sont mesurées à f/5.6, la diffraction se fait
sentir à f/11 et devient gênante à f/16.
Distortion = 0.93 %, un résultat
honorable
et surtout régulier et donc
très facile à corriger
Aberration chromatique :
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L'aberration chromatique trop élevée
à pleine ouverture est le seul défaut notable de l'objectif.
Il semble lié à un léger décentrage qui a peu
d'inffluence, heureusement, sur le piqué général.
Une aberration de 2,9 pixels peut être visible, car une frange colorée
de près d'un tiers de millimètre peut se discerner sur un
tirage de format A3. A titre de comparaison, à pleine ouverture
le Nikon 12-24 AFS présente une AC de 1,7 pixel au maximum, et en
moyenne de 1,2 pixels (un peu plus d'un dixième de millimètre)
16 mm
A la focale de
16 mm les résultats sont très bons à pleine ouverture
et excellents à f/5.6 et f/8. On évitera autant que possible
f/16, la diffraction dégradant un peu le piqué.

18 mm
Le piqué
diminue à 18 mm, restant cependant toujours excellent au centre
de f/4 à f/11. Mais il faudra choisir f/8 pour bénéficier
d'un piqué très homogène en paysage...ce diaph est
familier à tous les fans du grand angle en argentique car il est
efficace en hyperfocale !
Distorsion = 0.22 %, excellent résultat
Aberration chromatique :
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A 18 mm l'aberration chromatique reste trop élevée à pleine ouverture (sur le NIkon 12-24 DX elle est de 1,7 pixel au maximum et de 1,2 pixel en moyenne) mais elle sera bien contenue en fermant le diaphragme.
20 mm
Après un
"creux" relatif au milieu du range, le piqué remonte un peu à
20 mm. En pratique, l'image sera toujours excellente entre f/5.6 et f/11.
En pratique on fermera à f/8 pour du paysage de haute qualité...l'angle
étant à la note de 4.49 contre 4.50 à f/11 !
24 mm
A 24 mm il est
conseillé de "visser" entre f/8 et F/11 en paysage, les bords devenant
seulement moyens à cette focale finalement peu usitée sur
un tel zoom...car pour beaucoup de photographes c'est le "trans standard"
qui prend souvent le relais après 18 ou 20 mm. Reste que la critique
vaut surtout en comparaison des résultats à 12 et 16 mm...le
niveau global reste dans la zone "très bon".
Distorsion = 0.05%, un résultat absolument exceptionnel
Aberration chromatique :
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Alors que le piqué marque un peu
le pas - tout en restant de très bon niveau - l'aberration chromatique
se réduit à la focale de 24 mm. Elle se rapproche de celle
du Nikon 12-24 DX à la même focale (pleine ouverture = maximum
1,5, moyenne 0,7 pixel) car des franges de 1/10 ème de millimètre
(1 pixel) sont difficiles à discerner sur un tirage A3. Il est bon
de répéter que DXO Optics Pro dispose du module de correction
du zoom Tokina 12-24 en monture Nikon, et que le post traitement logiciel
réduit ce défaut de façon drastique.
Exemples de prises de vues sur "briques"
12
mm
12 mm pleine ouverture: une image peu déformée et peu marquée par le vignetage
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Les franges bleues sont visibles sur des feuilles à contre jour à pleine ouverture (ci-dessus, zone centrale haute de l'image) mais elles sont atténuées en fermant le diaph à f/8 (ci-dessous)

18
mm
18 mm pleine ouverture
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24
mm
24 mm pleine ouverture
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En conclusion...
Les tests "sur briques" sont parfois plus sévères que les tests sur mire, surtout parce que l'aberration chromatique peut jouer des tours en brouillant l'aspect des fines structures constituées de lignes complexes. Néanmoins le niveau général de qualité de ce zoom est très bon, et le rapport qualité prix qui en résulte est excellent. Le faible niveau de distorsion, et le fait que le vignetage soit souvent imperceptible sont des arguments forts en faveur de ce produit !
Néanmoins, cet objectif fait partie des modules correctifs du logiciel DXO Optics Pro version 4 pour les boitiers Nikon (D50, D70, D200 et certainement D80 ensuite) et un post traitement automatique DXO viendra facilement à bout des petits défauts gênants qui peuvent subsister (aberration chromatique et faible distorsion entre 12 et 16 mm). Sur fichiers NEF, le logiciel Nikon Capture NX est également très efficace pour les franges colorées, et la correction manuelle de distorsion sera facile car le forme de cette distorsion n'est pas complexe.
Au final, je ne regrette qu'une chose: avoir disposé trop peu de temps de cette optique, dont le contraste élevé et la tonalité assez chaude doit faire merveille pour des rendus "style Velvia" sur les feuillages d'automne...!
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